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Falaises rouges et aiguilles de sable du Sentier des Ocres, entourées de pins à Roussillon
Les falaises du Sentier des Ocres à Roussillon. © VF

Escapade en Luberon

Le Sentier des Ocres à Roussillon, visite des carrières

Texte et photographies par

À Roussillon, le Sentier des Ocres descend au pied des falaises, puis traverse les bois sur un sol coloré. Dans ces anciennes carrières, les ocriers extrayaient les sables destinés à la fabrication des pigments.

Descendre dans les anciennes carrières

À quelques pas du village, les premiers escaliers descendent dans les carrières, au milieu des pins. Depuis le pied des parois, les jaunes, les orangés et les rouges s’étagent jusqu’aux arbres qui bordent le sommet.

Les panneaux racontent que les enfants de Roussillon venaient jouer dans ces terrains. Ils rentraient au village avec des vêtements tachés de terre, au risque de se faire gronder. Aujourd’hui encore, la poussière d’ocre se dépose sur les chaussures.

Escalier aménagé descendant vers les anciennes carrières d’ocre de Roussillon
La descente dans les anciennes carrières.

Des sables marins devenus terres d’ocre

L’histoire commence bien avant les carrières. Il y a environ 110 millions d’années, des sables se déposent dans la mer qui recouvre la région. Leur couleur est alors verte, à cause d’un minéral contenant du fer, la glauconie. Après le retrait de la mer, un climat chaud et humide transforme progressivement ces dépôts.

Les sables ocreux renferment une argile blanche, la kaolinite, et des composés du fer qui leur donnent leurs teintes. Le sable constitue l’essentiel de ces dépôts ; pour obtenir le pigment, il faut le séparer de la fraction fine colorée.

Paroi de sable rouge orangé surmontée de pins dans le Sentier des Ocres
Les sables ocreux au pied des pins.

Les falaises, le travail des hommes et celui de l’eau

Les ocriers ont entaillé les collines pour prélever le sable coloré. Après l’exploitation, la pluie et le ruissellement ont continué à creuser les parois, dessinant des ravins, des aiguilles et des reliefs plus arrondis.

Au pied des falaises, on distingue les sillons creusés par l’eau ; avec un peu de recul, les aiguilles se détachent les unes des autres. Les parties plus résistantes subsistent tandis que les sables voisins sont emportés. L’érosion poursuit ainsi le travail commencé dans les carrières.

Visiteurs au pied d’une haute falaise aux nuances jaunes et rouges sur le Sentier des Ocres
Les visiteurs donnent l’échelle des anciennes carrières.

Sous les pins, un sol inhabituel en Provence

Entre deux parois, le chemin s’enfonce sous les pins. Le sable amortit les pas et les racines traversent parfois le passage, entre les talus rouges.

Chemin de sable orangé sous les pins du Sentier des Ocres
Le parcours se poursuit sous les pins.

Le sol sableux et acide favorise une végétation différente de celle des terrains calcaires voisins. Pins maritimes, bruyères et cistes trouvent ici des conditions qui leur conviennent. Les panneaux du sentier expliquent ce lien entre la nature du sol et les plantes qui s’y installent.

Sentier de sable orangé bordé de pins et de végétation dans les anciennes carrières de Roussillon
Le chemin d’ocre dans les sous-bois.

Les ocriers et les couleurs qui voyageaient

À la fin du XVIIIe siècle, le Roussillonnais Jean-Étienne Astier développe le lavage des sables ocreux pour en séparer le pigment. Le sable, plus lourd, se dépose ; l’eau entraîne les particules fines vers les bassins de décantation. Après séchage, l’ocre est broyée. Elle peut aussi être cuite pour modifier sa teinte et produire des rouges.

D’abord liée à de petites exploitations et au travail saisonnier, l’activité prend une dimension industrielle au XIXe siècle. Le chemin de fer facilite ensuite l’expédition des pigments. Un panneau du parcours rappelle les destinations inscrites sur les emballages : Bamako, Mexico, Valparaíso… L’ocre extraite des collines du Pays d’Apt était ainsi expédiée bien au-delà de la Provence.

Les usages dépassaient la peinture : l’ocre entrait aussi dans la fabrication de papiers et de linoléums. Elle servait à épaissir le caoutchouc : on en utilisait dans les chambres à air de vélo, les rondelles de bocaux et même les tétines de biberons. Les couleurs de ces collines entraient ainsi dans la fabrication d’objets du quotidien. La concurrence des colorants synthétiques et les difficultés économiques ont progressivement réduit cette activité. Les parois entaillées des carrières témoignent encore de cette exploitation.

Passage dans les sables jaunes et orangés bordé de végétation à Roussillon
Un passage dans les sables ocreux.

À l’usine Mathieu, suivre la fabrication du pigment

Sur la route d’Apt, à l’écart du centre de Roussillon, l’ancienne usine Mathieu accueille Ôkhra, l’Écomusée de l’ocre. Entre 1921 et 1963, elle produisait environ mille tonnes d’ocre par an. Après sa fermeture, les installations sont restées à l’abandon avant leur restauration pour accueillir les visiteurs.

Les équipements restaurés permettent de comprendre le lavage, la décantation, la cuisson et le broyage. Les visites guidées expliquent le procédé et les usages de l’ocre en peinture ; des ateliers permettent aussi de travailler les couleurs, selon le programme. Prévoyez du temps supplémentaire pour cette visite, distincte de la promenade dans les carrières.

Façade ocrée de l’Écomusée Ôkhra dans l’ancienne usine Mathieu à Roussillon
Ôkhra, dans l’ancienne usine Mathieu.

Retrouver le village et prolonger dans le Pays d’Apt

Avant ou après les carrières, la visite du village de Roussillon permet de retrouver les enduits colorés sur les maisons, la place de la Mairie et le panorama du Castrum.

La découverte des ocres peut se poursuivre à Gargas ou à Rustrel. Pour poursuivre le séjour dans le même secteur, Gordes et le marché d’Apt offrent d’autres occasions de découvrir le Pays d’Apt.

Informations pratiques

Préparer la visite du Sentier des Ocres

Parcours et durée
Deux parcours balisés sont proposés, pour environ 30 à 60 minutes selon le circuit. Prévoyez davantage pour les photos et la lecture des panneaux. La visite du village et celle d’Ôkhra demandent du temps supplémentaire.
Accès et stationnement
Le départ se trouve près du village de Roussillon. Le parking des Ocres est proche de l’entrée ; le parking Saint-Joseph se situe en arrivant d’Apt. Consultez le plan municipal et les conditions de stationnement.
Ouverture et billets
L’entrée du sentier est payante. Les horaires changent selon la saison et des fermetures sont possibles pour entretien, météo défavorable ou risque d’incendie. Vérifiez l’ouverture avant de vous déplacer.
Conditions de marche
Sol sableux, pentes et nombreux escaliers. Le parcours complet n’est adapté ni aux poussettes ni aux fauteuils roulants ; renseignez-vous sur l’accès à l’espace panoramique près de l’entrée si vous ne pouvez pas emprunter les marches.
À prévoir
Des chaussures qui tiennent le pied et ne craignent pas les traces d’ocre, de l’eau et une protection contre le soleil. Restez sur les chemins aménagés, sans escalader les parois ni prélever de sable.
Prolonger à Ôkhra
L’Écomusée de l’ocre se trouve au 570, route d’Apt. La visite de l’usine et les ateliers sont distincts de l’entrée au sentier : consultez les horaires, la durée et les modalités de réservation de l’activité choisie.

Sentier des Ocres, ouverture et billets · Stationnement à Roussillon · Ôkhra, visites et ateliers

Prolonger le séjour

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