Escapade en Luberon
Gordes, un village vertical dans le Luberon
À Gordes, les calades descendent du château vers la Fontaine Basse, tandis que les caves prolongent sous les maisons l’enracinement du village dans la roche.
Un village construit dans la pente des Monts de Vaucluse
Sur le rebord des Monts de Vaucluse, Gordes forme un ensemble compact au-dessus de la vallée du Calavon. Les maisons s’étagent sous le château et l’église Saint-Firmin, puis la pente se prolonge par des terrasses, des cultures et des bois face au massif du Luberon.
Le château et l’église occupent le sommet ; de hautes façades dessinent le pourtour du bourg et les habitations descendent sur le versant. Après la place du Château, les rues se resserrent et descendent rapidement entre les murs, parfois sous les maisons.
Le château au sommet du village
Gordes s’est développé autour d’un château mentionné dès 1031, établi sur l’éperon rocheux. Ses murs épais, ses tours et ses mâchicoulis conservent l’allure de la forteresse médiévale. Les fenêtres à meneaux témoignent des transformations engagées à partir de 1525 par Bertrand Rambaud de Simiane pour adapter l’édifice à l’art de vivre de la Renaissance.
De loin, le château domine la silhouette de Gordes. Sur la place, la vue se resserre sur la hauteur des tours, l’épaisseur des murs et les ouvertures Renaissance de la façade sud.
À l’intérieur, un large escalier à vis, deux portes en chêne du XVIe siècle et la cheminée monumentale sculptée de la salle à manger témoignent de la transformation Renaissance. À la fin des années 1960, le peintre Victor Vasarely finança la restauration du château afin d’y installer son musée. Il inaugura en 1970 le Musée didactique, qui présenta ses œuvres jusqu’en 1996. Les grandes salles accueillent aujourd’hui des expositions temporaires.
L’église Saint-Firmin parmi les maisons du bourg
Au sud du château, la place Genty Pantaly forme une esplanade dans le bâti serré. La fontaine de pierre s’y dresse ; derrière elle, les maisons et l’église Saint-Firmin s’imbriquent autour des rues étroites.
L’église actuelle fut reconstruite au milieu du XVIIIe siècle. L’ancienne église médiévale, devenue trop exiguë, fut démolie avec une vingtaine de maisons. Depuis la vallée, la masse de l’édifice renforce l’allure de citadelle du sommet. Dans le bourg, Saint-Firmin apparaît par fragments : le clocher au-dessus des toits, un pan de façade, puis le portail dans l’étroite rue de l’Église.
Les calades suivent le relief de Gordes
Depuis le sommet, la rue de l’Église descend entre de hautes façades. Les ouvertures vers le paysage restent rares ; lorsqu’une perspective se dégage au bout d’un passage, la vallée apparaît au loin. La pierre compose les murs, les seuils et le sol, avec des tailles et des poses qui varient selon l’usage.
Dans les pentes les plus fortes, les calades deviennent parfois tortueuses. Les pierres calcaires, posées verticalement sur la tranche, forment un sol irrégulier que rythment des marches basses et des paliers. Certains passages aménagés à pas-d’âne facilitaient autrefois la progression des mulets chargés. Les murs de soutènement retiennent les terrains, tandis que les ruelles se glissent entre les maisons et les jardins.
Sous les maisons, les caves du Palais Saint-Firmin
Près de l’église, le Palais Saint-Firmin repose sur un ensemble semi-troglodytique, creusé dans le rocher et complété par des murs et des voûtes de pierre. Escaliers, passages et salles se répartissent sur plusieurs niveaux en suivant la pente.
Ces volumes conservent les traces d’activités artisanales. Silos, cuves, citernes et vestiges d’un moulin à huile témoignent du stockage et de la transformation des productions dans le sous-sol du bourg.
Le Palais Saint-Firmin donne accès à cet ensemble. Plusieurs maisons du bourg possèdent également des caves aménagées sur plusieurs étages dans la roche.
La Fontaine Basse, au pied de la falaise
La rue caladée de la Fontaine Basse mène à la fontaine et à son lavoir, adossés directement au rocher. Mentionnée dès le milieu du XVIe siècle, la fontaine recueille l’eau qui ruisselle de la falaise. Trois canons alimentent son bassin, dont le trop-plein rejoint les deux parties du lavoir réservées au lavage et au rinçage.
Avant l’aménagement d’un point d’eau régulier dans la partie haute, les habitants devaient descendre jusqu’à la Fontaine Basse, puis remonter les calades. La fontaine érigée sur la place du village en 1826 raccourcit ce trajet. En contrebas, le lavoir resta associé au lavage du linge et aux rencontres qui accompagnaient ce travail.
Au-delà des maisons, les chemins de pierre sèche
Au-delà des dernières maisons, les murs de pierre sèche bordent les chemins, soutiennent les anciennes terrasses de culture et délimitent les parcelles parmi les oliviers et les chênes. Le bâti serré du village laisse progressivement place aux paysages ruraux des Monts de Vaucluse.
Ces campagnes furent aussi marquées par l’histoire du maquis de Gordes, organisé au printemps 1943. Centre actif de la Résistance, la commune subit des représailles et des destructions en 1944. Citée à l’ordre de la division, elle reçut le 11 novembre 1948 la Croix de guerre avec étoile d’argent.
Gordes dans les paysages du nord du Luberon
La boucle du col de Gordes prolonge la visite du centre dans ces paysages. À la croisée de deux chemins se dresse une ancienne stèle, probablement d’origine romaine. Les figures sculptées, interprétées comme Cybèle et Cérès, associent ce point de passage à la nature et aux récoltes. Sur le retour, le chemin de Bel-Air ouvre une vue d’ensemble sur Gordes et la vallée.
Depuis les chemins des alentours de Gordes, la vue traverse la vallée du Calavon vers le massif du Luberon. Le village prend place dans un paysage de reliefs calcaires et de vallons boisés, parmi les oliviers et les vignes du nord du Luberon.
Dans les campagnes de Gordes, le Village des Bories prolonge l’histoire de la pierre sèche, tandis que l’abbaye de Sénanque occupe un vallon au nord du bourg. Plus à l’est, Roussillon doit aux terres ocrées la couleur de ses façades et des paysages qui l’entourent.
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