Gordes
Le Village des Bories, la pierre sèche sur les pentes de Gordes
Sur les pentes des Monts de Vaucluse, les pierres retirées des terres agricoles ont servi à bâtir un hameau de cabanes, de murs et d’enclos face au Luberon.
Un hameau de pierre sèche sur les pentes de Gordes
À quatre kilomètres de Gordes, le Village des Bories occupe le quartier des Savournins, sur les pentes des Monts de Vaucluse. Le site réunit des cabanes aux volumes arrondis, des murs, des enclos et des passages étroits. La pierre calcaire relie chaque construction à la suivante et donne au hameau son unité.
Les bâtiments ne sont pourtant pas identiques. Certains présentent une couverture basse et allongée ; d’autres s’élèvent en volumes plus étroits. Les murs délimitent des espaces de circulation et de travail, tandis que les ouvertures restent peu nombreuses. Cette organisation dense montre que le lieu ne se résumait pas à quelques abris dispersés dans la garrigue.
La campagne de Gordes compte près de quatre cents constructions en pierre sèche, isolées ou regroupées. Le Village des Bories constitue l’ensemble le plus connu, mais il appartient à un paysage beaucoup plus vaste, façonné par les activités agricoles sur les coteaux.
Épierrer les terres pour construire murs et cabanes
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la mise en culture de nouvelles parcelles oblige les paysans à retirer des sols une grande quantité de pierres. Cet épierrage permet de dégager la terre destinée au blé, aux oliviers ou à la vigne. Les blocs calcaires restent sur place : ils sont empilés en tas, employés dans les murs et les enclos, puis utilisés pour construire les cabanes.
La pierre sèche désigne une technique d’assemblage sans mortier. Les blocs sont choisis et ajustés selon leur forme afin que leur poids assure la stabilité de l’ensemble. Pour fermer la couverture, chaque rangée avance légèrement vers l’intérieur par rapport à la précédente. Cet encorbellement réduit progressivement l’ouverture jusqu’à ce que de grandes dalles puissent la couvrir.
Aucune charpente ne soutient ces toitures. L’équilibre dépend de l’épaisseur des murs, de l’inclinaison des pierres et du soin apporté à leur disposition. Les couvertures rejettent l’eau vers l’extérieur, tandis que les ouvertures étroites limitent les points de faiblesse dans la maçonnerie.
Bergeries, four et aire à battre : une organisation agricole
Le terme « borie » est aujourd’hui couramment employé en Provence pour désigner ces cabanes. Les habitants parlaient plus simplement de « cabanes », et le hameau lui-même était autrefois connu sous le nom des Cabanes.
Les bâtiments remplissaient plusieurs fonctions. Certains servaient d’abris aux cultivateurs ou aux bergers qui travaillaient loin du village de Gordes. D’autres accueillaient les animaux, les outils ou une partie des récoltes. Le site comprenait également des bergeries, une porcherie, une cave, un four à pain et une aire à battre.
Ces différents espaces permettent de lire une vie rurale organisée autour du travail des terres. Les cabanes ne formaient pas un village permanent comparable à Gordes, mais un ensemble lié aux activités agricoles et à des occupations temporaires. Les murs protégeaient les parcelles et les animaux, les enclos répartissaient les usages et les passages reliaient les bâtiments entre eux.
Lorsque les terres furent moins régulièrement exploitées, les cabanes perdirent progressivement leur fonction. La végétation gagna les murs et les constructions se dégradèrent. Plusieurs restèrent longtemps dissimulées sous les chênes, les ronces et la garrigue.
Pierre Viala et la restauration du Village des Bories
Dans les années 1960, Pierre Viala découvre cet ensemble alors largement envahi par la végétation. Écrivain, comédien et voyageur, il acquiert les parcelles et entreprend la restauration du hameau avec l’aide de maçons de Gordes.
Le travail ne porte pas seulement sur les cabanes. Il faut dégager les murs, retrouver les passages et restituer la relation entre les différents bâtiments. La restauration rend de nouveau lisible l’organisation du site, depuis les volumes couverts jusqu’aux enclos et aux espaces de travail.
Le Village des Bories est classé au titre des Monuments historiques le 17 octobre 1977, murs de liaison compris. La restauration reçoit également une distinction de l’Académie d’architecture. Devenu propriété de la commune de Gordes, le site conserve aujourd’hui la trace de cette double histoire : celle des paysans qui utilisèrent la pierre extraite des sols, puis celle des personnes qui dégagèrent et restaurèrent les constructions.
Du Village des Bories à Gordes et au Luberon
Le Village des Bories se trouve sur les pentes des Monts de Vaucluse, face au massif du Luberon. Cette situation explique la présence de la pierre, la conquête progressive des terres cultivables et la dispersion de centaines de cabanes dans la campagne gordienne.
La visite apporte ainsi un autre regard sur Gordes. Le village perché montre les maisons resserrées autour du château et de l’église ; le site des Savournins révèle les constructions liées au travail agricole hors du noyau principal. Plus au nord, l’abbaye de Sénanque inscrit dans le même territoire une autre relation entre architecture, cultures et relief.
Le Village des Bories peut donc s’intégrer à une découverte de Gordes, de Sénanque et des villages du Luberon. Ses murs montrent comment les pierres retirées des champs ont servi à organiser les parcelles, abriter les hommes et les animaux, puis construire un paysage rural encore visible aujourd’hui.
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