Escapade à Avignon
Les quatre arches conservées portent deux chapelles superposées, liées à la mémoire de Bénézet et à la dévotion des mariniers qui naviguaient sur le Rhône.
Quatre arches devant les remparts d’Avignon
Le Pont Saint-Bénézet s’avance dans le Rhône depuis les remparts d’Avignon sans atteindre la rive de l’île de la Barthelasse. Ses quatre arches conservées, les deux chapelles superposées et le châtelet intégré aux remparts composent aujourd’hui sa silhouette. À l’entrée du pont, ce bâtiment contrôlait le passage et reliait l’ouvrage au système défensif de la ville. Ces vestiges représentent une petite partie du pont construit pour franchir les bras du fleuve et rejoindre la rive de Villeneuve-lès-Avignon.
Le pont et ses chapelles appartiennent à l’ensemble historique d’Avignon, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO avec le Palais des Papes, l’ensemble épiscopal et les remparts.
Un pont médiéval de vingt-deux arches
Commencé à la fin du XIIe siècle, le pont se développait sur environ 920 mètres et comptait vingt-deux arches. Il traversait un Rhône plus mobile et imprévisible qu’aujourd’hui, partagé en plusieurs bras autour d’îles dont les contours évoluaient avec les crues. Pendant des siècles, il resta un chantier permanent, rythmé par les réparations et les reconstructions.
À partir de la fin du XIIIe siècle, le passage reliait Avignon à une rive droite placée sous l’autorité du royaume de France. À l’époque pontificale, il se trouvait ainsi au contact de deux pouvoirs : la cité des Papes d’un côté du fleuve, la ville royale et la Tour Philippe-le-Bel de l’autre.
« Sur le pont d’Avignon », une chanson devenue universelle
Le pont doit une grande part de sa renommée à la chanson Sur le pont d’Avignon. Ses origines restent incertaines, mais la forme aujourd’hui connue fut popularisée au XIXe siècle : en 1853, le compositeur Adolphe Adam reprit cet air dans Le Sourd ou l’Auberge pleine, une œuvre représentée à l’Opéra-Comique de Paris. Devenue une ronde enfantine, la chanson diffusa le nom d’Avignon bien au-delà de la Provence.
Le refrain ne décrit pas nécessairement une scène qui se déroulait sur le tablier. Celui-ci servait d’abord au passage et sa largeur était en partie occupée par les chapelles. Une tradition locale situe plutôt les danses sur les berges ou les îles, sous les arches du pont, sans que l’origine exacte de la chanson puisse être établie avec certitude.
Bénézet, de la légende au lieu de pèlerinage
La tradition attribue l’origine du pont à Bénézet, un jeune berger venu annoncer qu’il avait reçu l’ordre divin de construire un passage sur le Rhône. Autour de lui se constitua l’Œuvre du Pont, chargée de réunir des dons et de participer à la construction puis à l’entretien de l’ouvrage.
Mort en 1184, Bénézet fut inhumé dans la chapelle établie sur le pont. Son tombeau attira les fidèles et la chapelle devint un lieu de pèlerinage. En 1331, le pape Jean XXII fixa sa fête au 14 avril, consacrant un culte déjà bien établi sans qu’une canonisation formelle ait eu lieu.
Deux chapelles superposées au-dessus du Rhône
Depuis le tablier, un escalier étroit descend vers la chapelle Saint-Bénézet, aménagée dans la pile sous le niveau de circulation. Le Rhône se retrouve alors tout près. Le mouvement de l’eau autour de la pile et la force du courant font mieux comprendre ce que les arches devaient supporter et permettent d’imaginer la violence des crues qui ont plusieurs fois endommagé l’ouvrage.
Le petit volume roman appartient à la première histoire du pont. L’abside conserve un décor très sobre d’arcades et de colonnettes, dont la pierre nue permet de lire directement la construction.
Au-dessus se trouve la chapelle Saint-Nicolas, ajoutée au XVe siècle et directement accessible depuis le tablier. Son espace étroit épouse la largeur de la pile. Le voûtement gothique, les nervures de l’abside et la petite fenêtre latérale la distinguent nettement de la chapelle romane placée au-dessous. Notre-Dame des Nautoniers, représentée sous les traits d’une Vierge à l’Enfant, se tient près de l’entrée, face au petit autel installé dans le chœur.
Saint Nicolas, protecteur des mariniers, et Notre-Dame des Nautoniers associaient la chapelle aux prières des hommes exposés aux dangers du fleuve. Sur une même pile, le tablier longe ainsi la chapelle supérieure tandis que l’escalier conduit au sanctuaire roman et à l’ancien tombeau de Bénézet.
Les reliques déplacées après la ruine du pont
Les crues endommagèrent à plusieurs reprises un ouvrage constamment réparé. Lorsque les reconstructions cessèrent au XVIIe siècle, les arches disparurent progressivement et le tombeau de Bénézet se trouva menacé. Ses reliques furent transférées en 1674 dans l’église des Célestins. Après la Révolution, des reliques furent mises à l’abri dans la collégiale Saint-Didier, où elles sont aujourd’hui présentées auprès du gisant de saint Bénézet.
Après 1674, Bénézet ne repose plus sur le pont, qui perd sa fonction de passage. Les deux chapelles restent pourtant en place, portées par les quatre arches qui ont résisté aux destructions.
Au bout du pont, face au Rhône
Depuis le tablier, le regard suit les remparts jusqu’au Rocher des Doms. Vers l’ouest s’étendent les terres de la Barthelasse, puis Villeneuve-lès-Avignon et la Tour Philippe-le-Bel. L’ancien pont traversait ces bras et ces îles avant d’atteindre la rive droite du Rhône.
Le parcours s’interrompt aujourd’hui au-dessus du courant. Face à l’extrémité brisée du tablier, les 920 mètres et les vingt-deux arches du pont médiéval cessent d’être une abstraction : on peut mesurer l’ampleur de l’ouvrage et l’imaginer se prolongeant à travers le fleuve. En revenant vers les remparts, le passage devant la chapelle Saint-Nicolas puis la descente vers la chapelle Saint-Bénézet rappellent que, pour ses fondateurs, ce pont fut à la fois une voie de circulation, une frontière et un lieu de prière.
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