Escapade à Avignon
Le pont d’Avignon, quelques enjambées au-dessus du Rhône
Texte et photographies par Vincent Flachaire
Depuis les remparts d’Avignon, le pont Saint-Bénézet s’avance au-dessus du Rhône. Sur ses quatre arches conservées, le tablier longe deux chapelles et ouvre des vues sur la Barthelasse et Villeneuve-lès-Avignon.
Depuis les remparts, avancer sur le Rhône
Au pied du Rocher des Doms, le châtelet marque l’entrée du pont Saint-Bénézet. Cette tour intégrée aux remparts contrôlait le passage vers Avignon. Un pont-levis relie la porte au tablier, qui se prolonge au-dessus du fleuve jusqu’aux chapelles.
Le pont s’arrête aujourd’hui avant la rive de la Barthelasse. Il franchissait autrefois les bras du Rhône et les îles pour rejoindre Villeneuve-lès-Avignon. Avec le Palais des Papes et l’ensemble épiscopal, il appartient au centre historique inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Vingt-deux arches pour franchir le fleuve
Commencé à la fin du XIIe siècle, le pont se développait sur environ 920 mètres et comptait vingt-deux arches. Il traversait un Rhône partagé en plusieurs bras, autour d’îles dont les contours évoluaient avec les crues. À l’époque pontificale, il reliait la cité des Papes à une rive droite sous l’autorité du roi de France, où la Tour Philippe-le-Bel contrôlait l’autre entrée.
Son tablier étroit permettait de passer à pied ou à cheval, mais pas en charrette. Les bacs et les bateaux continuaient donc à transporter des voyageurs et des marchandises d’une rive à l’autre. Piétons, cavaliers et troupeaux payaient un droit de passage qui contribuait à l’entretien du pont.
Ces revenus ne suffisaient pas toujours : les crues endommageaient les piles et imposaient de nouvelles réparations. Au XVIIe siècle, les reconstructions cessèrent. Les quatre arches conservées ne représentent qu’une petite partie de l’ouvrage qui traversait le fleuve.
Bénézet, le berger à l’origine du pont
La légende raconte qu’un jeune berger nommé Bénézet vint à Avignon annoncer qu’il avait reçu l’ordre divin de construire un pont. Face à l’incrédulité des habitants, il aurait soulevé une pierre que plusieurs hommes ne pouvaient déplacer. Autour de lui se constitua l’Œuvre du Pont, chargée de recueillir des dons pour bâtir puis entretenir l’ouvrage.
Mort en 1184, Bénézet fut inhumé sur le pont. Son tombeau attira les pèlerins et une chapelle fut édifiée pour abriter ses reliques. Son culte se développa sans canonisation formelle ; le pape Jean XXII reconnut officiellement sa sainteté.
Deux chapelles superposées au-dessus du Rhône
Depuis le tablier, un escalier étroit descend vers la chapelle Saint-Bénézet, établie dans la pile. Le fleuve passe tout près de ses murs. À l’intérieur, la nef mène à une abside romane dont les arcades reposent sur de fines colonnes. C’était ici que les pèlerins venaient se recueillir auprès du tombeau.
Au-dessus, la chapelle Saint-Nicolas s’ouvre au niveau du tablier. Remaniée au cours du Moyen Âge, elle conserve une voûte à nervures et un petit chœur éclairé par une fenêtre latérale. Près de l’entrée, la Vierge à l’Enfant de Notre-Dame des Nautoniers fait face à l’autel.
Saint Nicolas, protecteur des mariniers, et Notre-Dame des Nautoniers rappellent les dangers de la navigation sur le Rhône. Les hommes du fleuve venaient placer leur voyage sous leur protection.
Du tombeau du pont à l’église Saint-Didier
Lorsque le pont tomba en ruine, les reliques de Bénézet furent transférées en 1674 dans l’église des Célestins. Elles gagnèrent ensuite la collégiale Saint-Didier, dans le centre d’Avignon, où le gisant du saint est aujourd’hui présenté. La chapelle basse conserve le souvenir de ce pèlerinage.
« Sur le pont d’Avignon »
La chanson a porté le nom d’Avignon bien au-delà du Rhône. Sa popularité s’affirme en 1853, lorsque le compositeur Adolphe Adam reprend l’air dans Le Sourd ou l’Auberge pleine, représenté à l’Opéra-Comique de Paris. Devenue une ronde enfantine, elle fait danser sur un pont dont le tablier servait surtout au passage. Une tradition locale situe plutôt les danses sur les berges et les îles ; l’origine exacte de l’air reste incertaine.
Au bout du pont, face au Rhône
À l’extrémité du tablier, le parcours s’interrompt au-dessus du courant. Les berges de la Barthelasse s’étendent en face ; au-delà du fleuve, la Tour Philippe-le-Bel marque la rive de Villeneuve. L’espace qui sépare les deux rives donne la mesure de la traversée médiévale.
En revenant vers Avignon, on retrouve les chapelles, puis le châtelet devant les remparts. Le Palais des Papes et le Rocher des Doms se dressent au-dessus de la ville.
Poursuivre l’escapade autour du Rhône
Au-dessus du pont, les allées du jardin du Rocher des Doms mènent aux belvédères sur le fleuve et ses deux bras. Sur l’île de la Barthelasse, le chemin de halage offre une vue d’ensemble du pont et de la cité des Papes.
Sur la rive droite, Villeneuve-lès-Avignon prolonge la visite autour de la Tour Philippe-le-Bel, qui gardait autrefois l’entrée occidentale du pont, puis vers la Chartreuse et le fort Saint-André.
Informations pratiques
Visiter le pont Saint-Bénézet
- Billets et horaires
- Visite payante, avec billetterie sur place et en ligne. Horaires et tarifs sur le site officiel.
- Accès
- Entrée boulevard du Rhône, au pied des remparts. Les parkings relais et le réseau Orizo desservent le centre d’Avignon.
Site officiel : préparer la visite · accessibilité du monument.
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