Escapade dans la vallée du Rhône
Orange, de l’arc de triomphe à la colline Saint-Eutrope
Texte et photographies par Vincent Flachaire
Les victoires de Rome s’affichent sur l’arc de triomphe d’Orange, tandis que le théâtre accueille toujours des spectacles. Au-dessus de ses gradins, la colline Saint-Eutrope conserve les traces du château des princes d’Orange.
L’arc de triomphe d’Orange
Au nord du centre ancien, l’arc se dressait sur la voie Agrippa, à l’approche de la colonie romaine d’Arausio. Élevé au début du Ier siècle de notre ère, il annonçait aux voyageurs la puissance de Rome. Ses trois passages, ses colonnes et son décor composaient une entrée monumentale avant même d’atteindre les rues de la cité.
En faisant le tour du monument, on distingue des armes entassées, des combattants et des trophées navals. Ce décor célèbre les conquêtes de Rome et la paix imposée par l’Empire. Les reliefs se poursuivent sur les différentes faces de l’arc et se détachent plus ou moins nettement selon la lumière.
Un arc devenu forteresse
Au Moyen Âge, l’arc change de fonction. Entouré d’un fossé, surmonté d’un étage crénelé et pourvu d’une chapelle, il devient un poste défensif. Ces nouveaux usages ont contribué à préserver l’édifice antique.
Le dégagement des ajouts commence à la fin du XVIIIe siècle. Au siècle suivant, l’architecte Auguste Caristie entreprend sa restauration. L’aménagement piéton actuel permet d’en faire le tour et d’approcher les sculptures.
Le forum au pied de la colline
Depuis l’arc, la promenade traverse le centre ancien pour rejoindre le théâtre et les vestiges voisins. Une grande partie de la ville romaine demeure sous les maisons et les rues actuelles.
Le forum réunissait les fonctions politiques, judiciaires, religieuses et commerciales de la colonie. Sa grande place dallée était bordée de portiques. Au sud, un mur orné de fontaines séparait la place de l’aire sacrée, où s’élevait un temple voué au culte impérial. On distingue encore les puissantes fondations du temple et les vestiges du mur en hémicycle qui l’entourait.
Le grand mur du théâtre
À côté des ruines, le mur extérieur du théâtre s’étire sur environ 103 mètres et s’élève à 37 mètres. Construit sous Auguste, le monument utilise la pente de Saint-Eutrope pour asseoir ses gradins. Du côté de la ville, la façade conserve les traces d’un portique disparu et plusieurs rangées d’arcades. Le théâtre, ses abords et l’arc de triomphe sont inscrits ensemble au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Tout en haut, les consoles de pierre soutenaient des mâts de bois. Ils servaient à déployer le velum, une toile qui protégeait les spectateurs du soleil.
Face à la scène
À l’intérieur, les gradins en demi-cercle pouvaient accueillir près de neuf mille spectateurs face à la scène. La conservation du grand mur qui la surmonte fait d’Orange l’un des théâtres romains les mieux préservés. Ses niches et ses colonnes appartenaient à un décor beaucoup plus riche, habillé de marbres et de statues.
La statue d’Auguste occupe la niche centrale, au-dessus de la scène. L’empereur présidait ainsi symboliquement aux représentations : le divertissement participait, lui aussi, à la présence du pouvoir impérial dans la vie de la cité.
Des maisons aux spectacles
Après l’Antiquité, les murs du théâtre servent à la défense et abritent des habitants, notamment pendant les guerres de Religion. Des maisons s’installent à l’intérieur du monument, jusque dans l’espace aujourd’hui dégagé devant les gradins.
Les restaurations du XIXe siècle permettent le retour des spectacles. Aujourd’hui, le monument accueille les Chorégies d’Orange et d’autres rendez-vous musicaux.
Le musée d’art et d’histoire
Face au théâtre, le musée d’art et d’histoire occupe un hôtel particulier du XVIIe siècle. Il appartenait à Georges Van Cuyl, un gentilhomme hollandais chargé de l’armement du château des princes d’Orange. Les reliefs d’aigles et les fragments de la frise des Centaures permettent d’examiner de près une partie du décor sculpté du théâtre.
Les fragments du cadastre romain renseignent sur la répartition des terres autour d’Orange. Gravés dans le marbre, ces plans précisent la superficie des parcelles, leur statut juridique et leur valeur d’imposition. D’autres salles présentent des objets de la vie quotidienne dans la principauté et les portraits de Philippe-Guillaume et de Maurice de Nassau, deux fils de Guillaume le Taciturne.
Saint-Eutrope, la colline du château
La montée à Saint-Eutrope conduit au-dessus des toits d’Orange. Les allées, les pins et les bancs occupent aujourd’hui une hauteur longtemps fortifiée. Le château médiéval y a été agrandi, puis englobé dans une forteresse bastionnée au XVIIe siècle.
Les travaux militaires ont relevé les sols et enfoui une partie des bâtiments plus anciens. Les vestiges et les panneaux du site permettent de retrouver le plan du château et les transformations de la forteresse. Les destructions ordonnées sous Louis XIV ont mis fin à cette place forte.
Des Baux aux Orange-Nassau
Au Moyen Âge, les seigneurs des Baux gouvernent la principauté d’Orange. En 1544, Guillaume de Nassau hérite de ce petit territoire alors qu’il n’a que onze ans. Le titre de prince d’Orange donne son nom à la branche Orange-Nassau, dont descend l’actuelle dynastie royale des Pays-Bas.
La principauté devient aussi un foyer de la Réforme. Les conflits religieux et les occupations françaises marquent son histoire, jusqu’à son rattachement définitif à la France par le traité d’Utrecht, en 1713.
Un chantier engagé en 2024 remet en valeur les vestiges du château des princes d’Orange : dégagement des fossés, restauration des murs et des escaliers, restitution de certains accès. Le suivi archéologique a notamment confirmé l’emplacement de la chapelle du château, où subsistent un départ de voûte bien conservé et des chapiteaux sculptés.
Poursuivre autour d’Orange
La découverte de la Provence romaine peut se poursuivre à Vaison-la-Romaine, avec son pont, ses quartiers d’habitation et son théâtre. Au sud d’Orange, le château de Châteauneuf-du-Pape domine les vignobles de la vallée du Rhône. Vers l’est, les villages et les vignes des Dentelles de Montmirail offrent d’autres promenades pour prolonger le séjour.
Informations pratiques
Visiter Orange
- Parcours et durée
- De l’arc au théâtre, puis à la colline Saint-Eutrope, le parcours se fait à pied dans le centre. Prévoyez une demi-journée, environ trois à quatre heures avec des pauses et les visites du théâtre et du musée.
- Accès et stationnement
- Le parking Pourtoules se trouve près du théâtre et du musée ; rejoignez ensuite l’arc à pied pour commencer le parcours. La montée à Saint-Eutrope ajoute une pente et des escaliers à la promenade.
- Théâtre, musée et spectacles
- Les abords de l’arc se découvrent librement. Le billet de visite du théâtre antique comprend l’entrée au musée d’art et d’histoire, qui peut aussi se visiter séparément. Consultez les horaires et les conditions de billetterie avant votre venue.
- Pour assister à un spectacle, retrouvez notamment le programme des Chorégies d’Orange. Les manifestations peuvent modifier les conditions de visite du théâtre.
- À prévoir
- Des chaussures adaptées aux escaliers et aux chemins de la colline, de l’eau et une protection solaire. Les gradins sont exposés au soleil. Respectez les zones fermées autour des vestiges et les indications de chantier sur Saint-Eutrope.
Pour préparer le séjour : office de tourisme du Pays d’Orange en Provence.
Prolonger le séjour
Chambres d’hôtes autour d’Orange et de la vallée du Rhône
Séjourner autour d’Orange permet de prendre le temps de visiter les monuments romains, puis de rejoindre les villages et les vignobles voisins. Le portail donne accès directement aux sites des propriétaires pour préparer votre séjour.
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