Escapade dans le Luberon
Bonnieux, de l’église neuve à l’église haute
Texte et photographies par Vincent Flachaire
À Bonnieux, on monte de l’église neuve à la vieille église par les calades et les passages couverts. Au sommet, les terrasses s’ouvrent sur Lacoste et la plaine du Calavon.
Un village étagé sur le versant du Luberon
Depuis les vignes, les maisons de Bonnieux s’échelonnent au-dessus de la plaine. Le village est adossé au versant nord du Petit Luberon ; face à lui s’étendent les terres du Calavon, les monts de Vaucluse et, plus loin, le Ventoux. Les deux clochers permettent de repérer le parcours avant d’entrer dans les ruelles.
Au pied du village, les vignes occupent les premiers plans. En juin, des champs de lavande en fleurs permettent aussi de voir les maisons se détacher au-dessus des cultures.
L’église neuve, construite pour éviter la montée
Consacrée le 24 avril 1870, l’église de la Transfiguration a été construite dans le bas du village pour épargner aux paroissiens une montée devenue difficile pour les plus âgés. Les habitants ont financé le nouvel édifice ; certains contribuèrent à hauteur de cinq francs. Son clocher se repère au-dessus des toits, près des rues commerçantes.
Les calades et les passages sous les maisons
À Bonnieux, certaines maisons enjambent la rue. Le passage couvert photographié ici laisse voir les grosses poutres et les solives qui portent l’étage, au-dessus d’une calade en pente. La rue traverse ainsi le bâti avant de retrouver la lumière, quelques mètres plus loin.
La rue Droite appartient aux plus anciennes voies du village. Plus haut, la porte du Castellas, également appelée portail des Chèvres, conserve plusieurs arcs successifs ; une herse pouvait s’insérer entre eux. Ces vestiges rappellent que le haut village était organisé autour d’un château et protégé par une enceinte.
Les escaliers vers l’église haute
Les dernières volées de marches montent parmi les murets et les arbres. Au-dessus du feuillage apparaissent le clocher et la statue de la Vierge.
À l’arrivée, les escaliers débouchent sur les abords de l’église. On peut longer ses murs, s’arrêter sous les arbres et rejoindre les terrasses qui dominent les toits.
La vieille église, agrandie au fil des siècles
L’église Saint-Gervais-et-Saint-Protais a été édifiée au début du XIIe siècle. Sa nef romane a été prolongée au XVe siècle, puis complétée par des chapelles : ces ajouts expliquent les volumes irréguliers de l’édifice.
Le clocher porte une Vierge de pierre ajoutée en 1865, peu avant l’achèvement de l’église neuve. Sur le côté sud, l’ancienne entrée était abritée du mistral : un détail utile dans un village dont le sommet est exposé au vent. La mairie annonce sa fermeture pour travaux. Le tour de l’édifice permet d’en observer les volumes et les accès depuis l’extérieur.
Sous les arbres, les anciens cimetières
Autour de l’église, les grands arbres étendent leurs branches au-dessus des chemins et des terrasses. Ces espaces occupent aussi les abords des anciens cimetières du village. Le panneau patrimonial signale deux enclos successifs ; le transfert du dernier, au sud, a suscité de longues discussions au XIXe siècle.
Le jardin public a pris place dans cet ancien espace funéraire. L’oratoire, les murs et la proximité de l’église donnent encore des repères pour comprendre l’usage de ces lieux avant leur transformation en promenade.
Face à Lacoste, une frontière politique et religieuse
À l’ouest, Lacoste se dresse sur le promontoire voisin, au-dessus des bois et des terres cultivées. Les deux villages dominent la plaine du Calavon, chacun sur son avancée du Luberon.
Une frontière séparait autrefois ces proches voisins. Bonnieux appartenait au Comtat Venaissin, sous l’autorité du pape jusqu’en 1791. Lacoste relevait du comté de Provence, rattaché à la Couronne de France en 1481. Depuis Bonnieux, regarder vers Lacoste, c’était donc regarder vers un autre État.
À cette différence politique s’ajouta une différence religieuse. Au XVIe siècle, des familles vaudoises s’installèrent à Lacoste, où la Réforme s’implanta durablement, face au Bonnieux pontifical et catholique. En avril 1545, les troupes envoyées par le Parlement d’Aix pillèrent Lacoste lors de la répression des Vaudois du Luberon.
Redescendre vers les places et les fontaines
Dans la descente, un arc de pierre encadre le clocher de l’église neuve et la vallée au-delà. Les marches ramènent ensuite vers les façades enduites et les fontaines du village.
Adossée à une façade, la fontaine photographiée ici occupe le bord de la rue, avec son bassin rectangulaire et son décor sculpté. Les fontaines donnent des points de repère au retour, avant de retrouver les commerces.
Une grande année à Bonnieux
Le succès international d’Une année en Provence a aussi contribué à faire connaître Bonnieux et les villages voisins bien au-delà du Luberon. Dès les années 1990, des agences japonaises organisaient des voyages en Provence sur les traces de Peter Mayle. Certains circuits allaient jusqu’à conduire les lecteurs devant la maison de l’écrivain, près de Ménerbes.
En 2006, Ridley Scott adapte le roman de Peter Mayle Un bon cru sous le titre Une grande année, avec Russell Crowe et Marion Cotillard. Au pied du village, le château La Canorgue prête ses bâtiments et ses vignes au domaine dont hérite un financier londonien. Venu pour le vendre, celui-ci découvre une vie qui l’éloigne peu à peu de la finance.
Prolonger vers la vallée, les Claparèdes ou les Cèdres
En contrebas, le Pont Julien franchit le Calavon sur l’ancienne Via Domitia. Le village perché domine une vallée qui était déjà un axe de passage à l’époque romaine.
Au-dessus de Bonnieux, côté Grand Luberon, le plateau des Claparèdes offre d’autres paysages agricoles. Fin juin, les rangs de lavande en fleurs s’étendent sur ces hauteurs, à l’écart des ruelles du village.
Au-dessus de Bonnieux, la route rejoint la forêt des Cèdres sur la crête du Petit Luberon. Vers le sud, la combe de Lourmarin ouvre le passage vers l’autre versant du massif. Pour séjourner à proximité de ces sorties, les chambres d’hôtes autour de Bonnieux et d’Apt se répartissent dans les villages et la campagne du Calavon.
Informations pratiques
Préparer la visite de Bonnieux
- Parcours et durée
- Prévoyez une heure et demie à deux heures pour les ruelles, la montée à l’église haute et les pauses aux points de vue. La promenade comporte des pentes, des calades et de nombreux escaliers ; les visites intérieures éventuelles s’ajoutent à cette durée.
- Accès et ouvertures
- Des parkings permettent de laisser la voiture à l’entrée du village. L’église haute est annoncée fermée pour travaux ; vérifiez les ouvertures auprès de la mairie ou de l’office de tourisme avant votre venue. L’itinéraire proposé reste une promenade dans les rues et autour des deux églises.
Sites officiels : plan et parcours de visite · patrimoine et travaux de l’église haute.
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