Escapade en Haute-Provence
La Citadelle de Sisteron
Texte et photographies par Vincent Flachaire
Au-dessus de la Durance, les enceintes de la citadelle s’étagent jusqu’à la chapelle et au chemin de ronde. La montée ouvre des vues sur Sisteron et le rocher de la Baume, dans une forteresse qui fut aussi une prison et accueille aujourd’hui spectacles et expositions.
Verrouiller le passage de la Durance
À Sisteron, la Durance traverse un resserrement entre le rocher de la Baume et la crête qui porte la citadelle. Tenir cette hauteur permettait de surveiller le passage entre Provence et Dauphiné. La forteresse domine à la fois la ville, le franchissement de la rivière et, au nord, les abords du confluent du Buëch.
En face, les couches de calcaire presque verticales du rocher de la Baume forment une haute paroi striée. La rivière passe au pied de cette falaise, à l’endroit où les routes doivent elles aussi se resserrer. Ce relief explique mieux qu’une carte pourquoi Sisteron a longtemps constitué un point stratégique.
Des remparts aux vues sur la vallée
Depuis l’entrée, les rampes, les portes et les escaliers relient plusieurs enceintes superposées. Leurs bastions, aux murs disposés en angle, permettaient de croiser les tirs devant les remparts. Plus haut, le chemin de ronde suit l’étroite arête rocheuse : la visite fait passer des défenses adaptées à l’artillerie à l’ancienne muraille médiévale.
Les terrasses donnent assez de recul pour comprendre la position de Sisteron. Au sud, les toits de la ville occupent la rive droite de la Durance ; au nord, la vallée s’élargit au-delà du confluent. D’un niveau à l’autre, les remparts cadrent des vues différentes sur les ponts, les quartiers et les montagnes.
Des guerres de Religion à Vauban
La citadelle actuelle ne résulte pas d’un chantier unique. Les sièges des guerres de Religion ont montré la nécessité de renforcer les défenses de Sisteron. Les grands travaux commencent à la fin du XVIe siècle ; au début du suivant, les principales enceintes ont déjà leur tracé. L’ingénieur royal Jehan Sarrazin, puis Jean de Bonnefons, participent à cette transformation.
Vauban intervient plus tard, en 1692, après l’invasion de la haute vallée de la Durance par le duc de Savoie. Il propose un vaste projet pour la ville et sa forteresse, dont seules certaines réalisations, notamment la poudrière, aboutissent. Les remaniements se poursuivent au XIXe siècle, avec de nouvelles portes et un escalier souterrain taillé dans le rocher pour relier la citadelle à la porte nord de la ville.
Un futur roi dans le cachot
La tour qui domine la forteresse a aussi servi de prison. En 1639, Richelieu y fait enfermer le prince Jean Casimir Vasa, soupçonné de servir les intérêts de l’Espagne contre la France. Détenu plusieurs mois à Sisteron, il devient quelques années plus tard roi de Pologne. Son cachot reconstitué permet d’évoquer cet épisode pendant la visite.
La chapelle Notre-Dame du Château a elle aussi changé plusieurs fois d’usage. Transformée en logement militaire, puis utilisée comme casernement et prison, elle a retrouvé son volume après les restaurations. Les espaces de visite présentent aujourd’hui les étapes de construction de la citadelle, avec une maquette et des dispositifs audiovisuels.
Du bombardement à la restauration
Le 15 août 1944, le bombardement allié de Sisteron endommage gravement la citadelle et frappe la ville. La chapelle est en grande partie détruite, ainsi que plusieurs bâtiments militaires. Les enceintes visibles aujourd’hui ont donc traversé une longue période de réparations, et non seulement les transformations liées à la défense du site.
L’association Arts, Théâtre, Monuments conduit la restauration et la mise en valeur du monument. La chapelle reconstruite a reçu les vitraux de Claude Courageux ; le théâtre de verdure, installé dans les bastions du versant nord, accueille les Nuits de la Citadelle. D’ancienne place militaire, la forteresse est devenue un lieu de visite et de spectacles, dont les recettes contribuent à l’entretien.
Redescendre vers Sisteron
Depuis les terrasses, on repère les rues et les toits que l’on retrouvera en redescendant dans le centre. Gardez du temps pour marcher au pied du rocher et près de la Durance : après les vues plongeantes de la citadelle, la hauteur des falaises prend une autre dimension depuis les berges.
Informations pratiques
Visiter la citadelle de Sisteron
- Période et ouverture
- La citadelle ouvre généralement du printemps au 11 novembre. La dernière entrée se fait une heure avant la fermeture. Consultez les horaires, tarifs et conditions de visite pour préparer votre venue.
- Durée
- Prévoyez une heure et demie à deux heures dans la citadelle, pour les remparts, les espaces d’exposition et les pauses photographiques. Ajoutez le temps de monter depuis la ville et de vous y promener.
- Accès et stationnement
- Comptez environ quinze minutes de montée à pied depuis le centre par les parcours fléchés. Des parkings gratuits se trouvent aux abords du monument ; l’accès en voiture évite la montée depuis la ville.
- À prévoir
- Des chaussures confortables pour les rampes et les nombreuses marches, de l’eau et une protection contre le soleil. Le site est exposé au vent ; prévoyez une couche supplémentaire par temps frais.
- Accessibilité
- Le parcours comporte de nombreux escaliers et n’est pas accessible aux fauteuils roulants. Pour les jeunes enfants, un porte-bébé est préférable à une poussette.
- Visites et spectacles
- Les modalités des visites guidées et le programme des spectacles sont publiés sur le site officiel de la citadelle.
Pour préparer votre séjour : office de tourisme de Sisteron, les Alpes provençales.
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