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Maisons d'hôtes en Provence

Escapades en Provence

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Le village de Boulbon et les ruines de son château vus depuis les hauteurs de la Montagnette
Depuis la Montagnette, le village tient tout entier sous les ruines de son château.

Escapade près de Tarascon

Boulbon et son château, sentinelle du Rhône

Depuis le pied de la Montagnette, Boulbon surveillait le Rhône et la frontière de la Provence, et maintient vivantes des traditions provençales.

Un village adossé à la Montagnette, face à la plaine

La Montagnette est un massif calcaire de collines basses et boisées, qui longe le Rhône entre le confluent de la Durance et les Alpilles. Son point culminant, le mont de Rouchon, atteint cent dix-sept mètres, assez pour surveiller la vallée.

Boulbon est au pied de son flanc occidental, à seize mètres d’altitude, à sept kilomètres au nord de Tarascon. Devant lui s’étend la plaine, quadrillée par des rideaux de cyprès et de peupliers. Le Rhône passe à l’ouest, à moins de deux kilomètres, masqué par les digues élevées au XIXe siècle pour le contenir. Pour retrouver le fleuve et comprendre le paysage, il faut monter sur le flanc des collines.

Maisons anciennes de Boulbon dominées par les ruines du château et par un clocher
Dans la montée du village, le château reparaît entre les toits à chaque détour.

Le château qui surveillait la frontière

Au Moyen Âge, le Rhône séparait deux territoires. Sur la rive gauche, le comté de Provence ; sur la rive droite, le Languedoc et le royaume de France. Le château de Boulbon, planté sur son rocher au-dessus du village, a longtemps été l’une des sentinelles de cette frontière, et sa position lui permettait de contrôler la circulation sur le fleuve.

La partie la plus ancienne est le donjon, une tour rectangulaire accrochée au rocher, qui peut remonter au XIe siècle. La courtine qui l’entoure épouse exactement la roche et date du XIIIe. Des mâchicoulis, il ne reste que les consoles, décorées de motifs trilobés semblables à ceux qui couronnent le château royal de Tarascon, en aval : même siècle, mêmes mains. À la fin du XIVe siècle s’ajoutent le logis des seigneurs et l’énorme terrasse ouest, qui adoucit le rocher en le cachant à demi. Les jardins en terrasse du sud et le chemin carrossable qui monte au portail nord, celui que l’on emprunte encore, datent du XVIIe.

La courtine et le donjon du château de Boulbon posés sur leur rocher
La courtine du XIIIe siècle suit la roche pied à pied ; le donjon, au sommet, est la partie la plus ancienne.

Le village a souvent changé de mains. Raymond de Turenne, « Fléau de la Provence », ou le paisible roi René figurent parmi ses propriétaires. En 1608, la seigneurie de Boulbon est érigée en comté ; à la fin du XVIIe siècle elle passe à la famille de Raousset, qui la garde jusqu’au XXe. Le dernier comte de Boulbon, Gaston de Raousset, est mort au village en 1956 sans descendance directe. Le château est classé au titre des monuments historiques depuis le 2 janvier 1976. Au sud, le logis et l’ancienne tour de défense ont disparu sous une épaisse couche d’éboulis.

Saint Christophe veille sur la Grand’Rue

À mi-pente de la Grand’Rue, la plus passante du village, une niche à arc brisé abrite une statue de pierre à hauteur d’homme. Saint Christophe s’y tient les pieds dans l’eau, l’Enfant sur l’épaule, en train de lui faire traverser le fleuve. La sculpture date du XIVe siècle. Son tronc est démesurément long par rapport aux jambes : c’est ainsi que le tailleur a rendu le colosse de la légende. On a supposé que la statue servait aussi de borne d’étape, dans la tradition des Mercure et des Hermès antiques qui jalonnaient les routes.

Statue de saint Christophe portant le Christ, dans sa niche de la Grand’Rue à Boulbon
Le tailleur a allongé le tronc hors de toute proportion, pour rendre le colosse de la légende.

Le fleuve qu’il traverse est le Rhône, et la commune le dit sans détour. Christophe est le patron de ceux qui passent : voyageurs, bateliers, passeurs d’eau. Sur la rive d’en face commençait le royaume de France, et une vingtaine de kilomètres en amont, Villeneuve-lès-Avignon tenait le rôle symétrique : ville royale bâtie pour regarder la cité des Papes.

Une fois l’an, la Grand’Rue sert à tout autre chose. Le dernier dimanche d’août, pour la Saint-Éloi, la carreto ramado garnie de branches de saule et tirée par un long attelage de chevaux de trait harnachés à la sarrasine s’engage dans le goulet, le passe au trot et jaillit sous la porte Loriol. Suivent les groupes folkloriques et les femmes en costume provençal.

L’arche de la porte Loriol, ouverte sous les maisons de Boulbon
Une rangée de consoles court au-dessus de l’arche que franchit l’attelage.

Trois églises pour un village

Boulbon a déplacé sa paroisse deux fois, et les trois édifices sont toujours là. Jusqu’en 1628, l’église paroissiale était Saint-Marcellin, romane, datée du XIe siècle et remaniée au XIIe puis au XVIe — mais construite hors du village, en pleine campagne. Cette année-là, on bâtit Sainte-Anne à l’intérieur des remparts, au centre du bourg, sur l’emplacement d’une chapelle romane, et la paroisse descend s’y installer.

En 1875, Sainte-Anne cède à son tour la fonction à l’église Saint-Joseph et se retrouve désaffectée. Elle a été restaurée et rouverte en 2009 comme centre culturel du village.

Façade de l’ancienne église Sainte-Anne de Boulbon, rue du Fort, devenue centre culturel
Paroissiale de 1628 à 1875, l’église Sainte-Anne a rouvert en 2009 comme centre culturel.

Le 1er juin, les bouteilles montent à Saint-Marcellin

Chaque 1er juin à dix-neuf heures, les hommes du village quittent Saint-Joseph et remontent jusqu’à Saint-Marcellin, chacun sa bouteille de vin à la main, derrière la bannière et le buste reliquaire du saint, pendant qu’on chante en provençal l’hymne du martyr. La procession est réservée aux hommes. Au terme de l’office, le prêtre bénit les bouteilles ouvertes et chacun boit une gorgée.

La tradition serait née des moines de Montmajour, installés à Boulbon pour assécher les marais : le vin béni passait pour guérir les fièvres. Saint Marcellin est aussi invoqué pour obtenir la pluie, d’où le dicton : « Sant Marcellin bon per l’aigo, bon per lou vin », bon pour l’eau, bon pour le vin. En marchant vers la chapelle, le village remonte donc sa propre histoire à l’envers, de sa paroisse la plus récente à la plus ancienne.

La chapelle se visite aussi pour elle-même. L’une des chapelles latérales est dédiée à sainte Anne, une autre à saint Georges ; celle-ci abrite le tombeau du seigneur d’Archimbaud, dont le gisant est revêtu de son armure, avec deux écus aux armes des premiers seigneurs de Boulbon. Derrière le maître-autel se trouvait un retable de l’école d’Avignon, peint dans le troisième quart du XVe siècle : la Trinité, avec saint Agricol présentant un donateur agenouillé. Il est au Louvre depuis 1904 sous le nom de Retable de Boulbon. Une photographie en tient lieu dans la nef.

La chapelle romane Saint-Marcellin et son cimetière au-dessus de la plaine, à Boulbon
À l’écart du bourg avec son cimetière, la chapelle regarde la plaine vers les collines du Gard.

Le Moulin Bonnet moud à nouveau quand le vent le permet

Un chemin monte du village au moulin, sur le flanc de la Montagnette. Jean Braye l’a construit en 1776 ; Antoine Bonnet l’a racheté et lui a laissé son nom. La date de 1748 gravée dans la meule tournante est plus vieille que le bâtiment : c’est une pierre de réemploi, prise ailleurs. Le moulin a travaillé jusqu’au XIXe siècle, puis a perdu son toit et ses ailes, et il n’en restait plus que la tour.

La restauration de 2002 lui a rendu la toiture, les ailes et la totalité du mécanisme, conforme à l’original. Les meules peuvent moudre de nouveau lorsque le vent s’y prête. De la plate-forme, la plaine se déroule vers l’ouest et une table d’orientation, réalisée la même année par les enfants de l’école des Saules, nomme ce que l’on regarde. De l’autre côté de Tarascon, dans les Alpilles, le moulin de Daudet a connu un destin différent : devenu musée en 1935, il a gardé ses engrenages et ses meules pour les montrer.

Le Moulin Bonnet et ses ailes sur le flanc ouest de la Montagnette, à contre-jour
Restauré en 2002, le moulin a retrouvé son toit, ses ailes et son mécanisme complet.

La plaine des vergers et les chemins de la Montagnette

Au pied de la colline, la plaine est agricole. Vergers et cultures maraîchères se partagent des parcelles serrées, et début mars les abricotiers et les pêchers fleurissent d’un coup : des rangs de rose vif contre le gris de la Montagnette, pour une quinzaine de jours. Sur les versants, le thym, les oliviers et les amandiers tiennent le terrain sec.

Vergers de pêchers en fleur au pied de la Montagnette, près de Boulbon
Les vergers de la plaine fleurissent tous ensemble, au début du mois de mars.

Les chemins de la Montagnette mènent à l’abbaye Saint-Michel de Frigolet, sur la commune de Tarascon. Fondée au XIIe siècle et tenue aujourd’hui encore par des chanoines prémontrés, elle doit son nom au provençal ferigoulo, le thym qui couvre le massif. À trois kilomètres du village, sur la route qui y conduit, la chapelle Saint-Julien attend seule au milieu des champs : romane, deux travées de nef, une abside demi-circulaire à l’intérieur et pentagonale à l’extérieur. Vers le sud, Tarascon ferme l’horizon, avec la chapelle Saint-Gabriel à l’extrémité occidentale des Alpilles ; vers le nord, la Montagnette s’achève à Barbentane, et Avignon est à moins de vingt kilomètres.

Informations pratiques

Visiter Boulbon

Le moulin
Ouvert les deuxième et quatrième samedis de chaque mois, de 14 h à 17 h. Pour les groupes et les scolaires, visite du moulin et du village sur rendez-vous auprès de la mairie, au moins cinq jours à l’avance.
La Montagnette
Du 1er juin au 30 septembre, l’accès aux massifs forestiers des Bouches-du-Rhône est réglementé jour par jour selon le risque d’incendie. Le chemin du moulin est concerné.
Les fêtes
La procession des bouteilles a lieu le 1er juin à 19 heures, de l’église Saint-Joseph à la chapelle Saint-Marcellin. La Saint-Éloi et sa carreto ramado tombent le dernier dimanche d’août, la fête du club taurin fin septembre.

Les horaires et les conditions d’accès peuvent évoluer. Consultez le site de la commune de Boulbon avant votre venue.

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