Escapade en Luberon
Le pont de Mirabeau franchit la Durance aux portes du Luberon
Texte et photographies par Vincent Flachaire
Au défilé de Canteperdrix, la Durance resserre son cours entre les falaises calcaires. Bacs, ponts suspendus et ouvrage routier se sont succédé dans ce passage qui ouvre le Luberon vers le Pays d’Aix et la Haute-Provence.
Le défilé de Canteperdrix, passage oriental du Luberon
Depuis le pont, on suit les bras de la Durance parmi les bancs de galets, jusqu’au resserrement de Canteperdrix. Les falaises calcaires encadrent alors la rivière. Sur la rive droite, elles marquent l’extrémité orientale du Grand Luberon ; sur la rive opposée, le territoire de Jouques ouvre vers le Pays d’Aix et la montagne Sainte-Victoire. En amont, la vallée remonte vers Manosque, la Haute-Provence et les routes du Verdon.
Ce passage dessert le Luberon et relie les routes de la vallée du Rhône à celles d’Aix et des Alpes. Pour les voyageurs et les marchandises, franchir la Durance a longtemps exigé de composer avec les variations du courant et les déplacements de son lit.
Traverser la Durance avant les ponts
Une ancienne voie reliant Aix-en-Provence à Riez passait déjà par le défilé. À partir de la première moitié du XIIIe siècle, le franchissement dépendait de bacs à traille. Une embarcation reliée à un câble utilisait la force du courant pour gagner l’autre rive. Le passeur devait adapter la traversée au niveau de l’eau et à la position du chenal.
Le cours de la Durance était beaucoup moins régulier qu’aujourd’hui. Ses bras changeaient de place dans un lit de galets très étendu et les montées d’eau pouvaient interrompre la circulation. Au-dessus de l’ancien passage, la chapelle Sainte-Madeleine dominait les embarcations et leurs passagers.
Une première tentative de construction est documentée au XVe siècle. Les ouvrages établis dans le défilé furent ensuite détruits totalement ou en partie par les crues de 1440, 1635, 1843 et 1881. Les ponts permettaient une liaison plus régulière que le bac, mais restaient vulnérables aux montées de cette rivière alpine.
Des ponts suspendus aux portiques restés sur la rive
Après plusieurs projets au début du XIXe siècle, un premier pont suspendu fut construit entre 1832 et 1835. Emporté par la grande crue du 2 novembre 1843, il fut reconstruit à partir de 1845. Le nouvel ouvrage, achevé en 1847, franchissait la Durance sur environ 150 mètres, sans appui intermédiaire dans le lit de la rivière. D’autres dommages survinrent encore lors de la crue de 1881.
De ce pont du XIXe siècle subsistent les deux portiques néo-romans. Une grande arche en plein cintre ouvre le passage entre deux tours massives, percées de baies hautes et étroites. Des arcatures et des rangées de consoles soulignent les parties supérieures. Les câbles de suspension étaient arrimés à ces puissantes maçonneries, inscrites au titre des Monuments historiques depuis le 6 juillet 1988.
Depuis la rive de Mirabeau, on peut aligner les deux arches du regard et retrouver l’axe de l’ancienne traversée. Le tablier qui les reliait, devenu inadapté à la circulation, fut désaffecté puis déposé après son remplacement. C’est un autre pont, construit en 1935, qui fut détruit pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le pont de 1935, la guerre et l’ouvrage actuel
Achevé en 1935, le nouveau pont franchissait la rivière d’une seule travée. Ses deux pylônes en béton armé, hauts de 22 mètres, portaient des sculptures et des bas-reliefs d’Antoine Sartorio évoquant les quatre départements voisins du site.
En août 1944, l’aviation alliée tenta de couper ce pont afin de ralentir la retraite allemande. Après plusieurs bombardements sans résultat, des résistants le firent sauter le 17 août. Un pont de bateaux américain fut établi trois jours plus tard, puis l’ouvrage fut reconstruit en 1947. L’augmentation du trafic routier conduisit enfin à son remplacement par le pont actuel, mis en service en 1990.
La chapelle Sainte-Madeleine au-dessus du passage
En aval du pont, sur la rive droite, la chapelle Sainte-Madeleine occupe un petit promontoire rocheux qui surplombe la Durance. Sa maçonnerie sobre, son chevet et son clocher à deux baies se détachent parmi les chênes. L’édifice roman est bien visible depuis les abords du pont, au-dessus du lit de galets.
Elle était déjà là avant les ponts suspendus, lorsque les voyageurs traversaient en bac. À ses pieds, la rivière et l’entrée du défilé restent dégagées. Un chemin rocheux bordé de chênes conduit vers sa façade ; à cette échelle plus proche, on distingue la pierre de la maçonnerie et les ouvertures du clocher.
Mirabeau, la fontaine de Manon des sources
La visite du pont peut se prolonger dans le village de Mirabeau, autour de la place de la Fontaine. En 1985, Claude Berri y tourne des scènes de Jean de Florette et de Manon des sources, ses adaptations de l’œuvre de Marcel Pagnol, sorties l’année suivante. Au pied des façades de pierre, la fontaine conserve son bassin circulaire et sa haute colonne.
Les concrétions calcaires accumulées sous ses figures sculptées avaient été retirées pour les besoins du tournage. Sur le rebord du bassin, la statue de Manon assise, les pieds dans le vide, est un ajout plus récent : cette œuvre de Jean-Jacques Mancardi a été inaugurée en juillet 2018.
De Mirabeau au Pays d’Aix par la vallée de la Durance
Pour poursuivre vers les villages du sud Luberon, on peut rejoindre Cucuron et son bassin de l’Étang, puis Lourmarin. La combe de Lourmarin permet ensuite de traverser le massif vers son versant nord.
En remontant la vallée de la Durance, la route mène à Manosque et à la Haute-Provence. Sur l’autre rive, Jouques ouvre vers le Pays d’Aix. On peut prolonger la sortie à Vauvenargues, au pied du versant nord de Sainte-Victoire. Le pont peut ainsi constituer une halte au cours d’un trajet vers les Alpes ou d’une sortie dans le Luberon.
Informations pratiques
Préparer la visite du pont de Mirabeau
- Durée
- Comptez environ trente minutes pour observer les anciens portiques, le pont actuel et le défilé. Prévoyez davantage de temps pour traverser à pied et découvrir les vues depuis l’autre rive.
- Stationnement et point de vue
- Le Parc naturel régional du Luberon signale un parking sur la rive droite, avant le pont. Le panorama sur le pli géologique de Mirabeau se trouve sur la rive gauche, que l’on rejoint à pied en traversant le pont. Utilisez le trottoir et restez attentif à la circulation.
- À prévoir
- Le site est exposé au soleil et se trouve au bord d’une route en service. Prévoyez de l’eau et des chaussures confortables, et suivez les cheminements ainsi que la signalisation sur place.
Pour préparer votre visite, consultez les indications du Parc naturel régional du Luberon sur le point de vue de Mirabeau.
Prolonger le séjour
Maisons d’hôtes entre Luberon et Pays d’Aix
Le Pont de Mirabeau se trouve sur la route qui relie le Luberon, la vallée de la Durance et le Pays d’Aix. Un séjour autour de Lourmarin permet d’explorer le versant méridional du massif ; depuis Aix-en-Provence, le site prolonge la découverte vers Jouques et les paysages de la Durance.
Ces établissements du Portail se trouvent dans un rayon de 25 km à vol d’oiseau du lieu de cette Escapade. Découvrez leur site pour préparer votre séjour.
La Ferme
Chambres d'hôtes de charme
Saint-Marc-Jaumegarde
Découvrir le siteMis à jour le


