Escapade en Luberon
Le Pont de Mirabeau, un passage historique sur la Durance
Au défilé de Canteperdrix, la Durance resserre son cours entre les falaises calcaires. Bacs, ponts suspendus et ouvrage routier se sont succédé dans ce passage qui ouvre le Luberon vers le Pays d’Aix et la Haute-Provence.
Le défilé de Canteperdrix, passage oriental du Luberon
À Mirabeau, la Durance traverse un resserrement rocheux qui donne immédiatement de la puissance au paysage. Sur sa rive droite, les reliefs marquent l’extrémité orientale du Grand Luberon. Sur la rive opposée, le territoire de Jouques ouvre vers le Pays d’Aix et la montagne Sainte-Victoire. En amont, la vallée remonte vers Manosque, la Haute-Provence et les routes du Verdon. La rivière sépare ici plusieurs territoires, tandis que le défilé concentre les voies qui permettent de les relier.
Depuis le pont, le lit de la Durance apparaît large, mobile, partagé entre des bras d’eau et des bancs de galets. À l’approche du défilé de Canteperdrix, cet espace se contracte entre les parois calcaires. Le relief a fixé ici un point de franchissement naturel sur un axe qui relie la vallée du Rhône, le Luberon, Aix-en-Provence et les routes de Haute-Provence.
Cet emplacement explique l’importance du lieu. Depuis des siècles, le Pont de Mirabeau occupe un seuil sur les routes qui relient les deux rives. Voyageurs et marchandises ont dû composer avec la largeur du lit, les variations du courant et l’étroitesse du défilé.
Traverser la Durance avant les ponts
Une ancienne voie reliant Aix-en-Provence à Riez passait déjà par le défilé. À partir de la première moitié du XIIIe siècle, le franchissement dépendait de bacs à traille. Une embarcation reliée à un câble utilisait la force du courant pour gagner l’autre rive. Ce système évitait de lutter directement contre la rivière, mais son fonctionnement restait soumis au niveau de l’eau, aux crues et aux déplacements du chenal.
Le cours de la Durance était beaucoup moins régulier qu’aujourd’hui. Ses bras changeaient de place dans un lit de galets très étendu et les montées d’eau pouvaient interrompre la circulation. La chapelle Sainte-Madeleine, installée au-dessus de la rivière, rappelle l’ancienneté de cette liaison et le risque que prenaient les voyageurs.
Une première tentative de construction est documentée au XVe siècle. Les ouvrages établis dans le défilé furent ensuite détruits totalement ou en partie par les crues de 1440, 1635, 1843 et 1881. Le resserrement de Canteperdrix facilitait l’établissement d’une liaison entre les deux rives sans supprimer les contraintes imposées par cette rivière alpine. La nécessité de franchir le cours d’eau et la difficulté de le maîtriser structurent toute l’histoire du Pont de Mirabeau.
Des ponts suspendus aux portiques restés sur la rive
Après plusieurs projets au début du XIXe siècle, un pont suspendu fut construit entre 1832 et 1835. Son tablier, long d’environ 150 mètres, franchissait la Durance sans appui intermédiaire dans le lit de la rivière. Emporté par la grande crue du 2 novembre 1843, il fut reconstruit à partir de 1845. D’autres dommages survinrent encore lors de la crue de 1881.
Les deux portiques visibles aujourd’hui appartiennent à ce pont du XIXe siècle. Leur style néo-roman reprend le vocabulaire d’une architecture médiévale : une grande arche en plein cintre ouvre le passage entre deux tours massives, percées de baies hautes et étroites, tandis que des arcatures et des rangées de consoles soulignent les parties supérieures. Cette composition monumentale avait aussi une fonction technique : les câbles de suspension étaient arrimés à ces puissantes maçonneries. Les portiques sont inscrits au titre des Monuments historiques depuis le 6 juillet 1982.
Sur la rive de Mirabeau, le portique se présente comme une porte monumentale. Dans son axe, le pont routier actuel traverse la Durance suivant une ligne beaucoup plus basse et horizontale. Le tablier suspendu qui reliait les deux portiques n’est pas celui qui fut détruit pendant la Seconde Guerre mondiale : devenu inadapté à la circulation et remplacé par de nouveaux ouvrages, il fut désaffecté puis déposé. Les maçonneries conservées permettent encore de lire sa largeur, son axe et le départ de l’ancienne traversée.
Un passage reconstruit au fil des crues et des usages
La succession des ponts montre combien un ouvrage de franchissement est soumis au cours d’eau qu’il traverse. À Mirabeau, les crues ont plusieurs fois fragilisé ou emporté les installations. En 1935, un nouveau pont d’une travée unique fut construit avec deux pylônes en béton armé. Hauts de 22 mètres, ils portaient des sculptures et des bas-reliefs d’Antoine Sartorio évoquant les quatre départements voisins du site.
En août 1944, l’aviation alliée tenta de couper ce pont afin de ralentir la retraite allemande. Après plusieurs bombardements sans résultat, des résistants le firent sauter le 17 août. Un pont de bateaux américain fut établi trois jours plus tard, puis l’ouvrage fut reconstruit en 1947. L’augmentation du trafic routier conduisit enfin à son remplacement par le pont actuel, mis en service en 1990.
Ce contraste marque aujourd’hui le lieu. Les vestiges racontent les efforts successifs pour maintenir une voie durable dans un paysage longtemps commandé par les mouvements de la Durance.
La chapelle Sainte-Madeleine au-dessus du passage
En aval du pont, sur la rive droite, la chapelle Sainte-Madeleine occupe un petit promontoire rocheux qui surplombe la Durance. Sa maçonnerie sobre, son chevet et son clocher à deux baies se détachent parmi les chênes. L’édifice roman domine l’ancien point de traversée sans prétendre à la monumentalité des portiques.
Sa présence rappelle une époque antérieure aux ponts suspendus. Depuis cette éminence, la chapelle domine la rivière, les bancs de galets et l’entrée du défilé. Son emplacement la rattache à l’histoire ancienne du passage, lorsque la traversée dépendait encore des conditions imposées par la Durance.
Vue depuis la rive, elle paraît simple et isolée dans le paysage. En s’en approchant, la pierre de sa façade et le chemin rocheux qui y conduit la rattachent au même paysage calcaire que les parois de Canteperdrix. Elle constitue ainsi un contrepoint discret aux grands ouvrages construits sur la Durance.
De Mirabeau au Pays d’Aix par la vallée de la Durance
Le Pont de Mirabeau occupe une position particulière dans la découverte du Luberon. À l’ouest, la route rejoint la combe de Lourmarin, qui traverse le massif, puis les villages du versant méridional autour du bassin de Cucuron et de Lourmarin. Vers l’est, la vallée de la Durance conduit à Manosque et aux paysages de Haute-Provence. Sur la rive opposée, Jouques ouvre la route du Pays d’Aix et de la montagne Sainte-Victoire.
Cette situation donne au site une portée plus large que son seul patrimoine. Le pont de Mirabeau nous fait comprendre comment le relief et la rivière organisent les déplacements en Provence : le fleuve forme une limite, le défilé concentre les voies et chaque ouvrage d’art évoque les besoins d’une époque.
Les portiques, le pont routier, la chapelle et les méandres de l'eau dans lit de galets racontent la présence de ce franchissement au pied du Luberon, où les routes ont dû composer avec la Durance avant de poursuivre vers Aix ou les Alpes.
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Maisons d’hôtes entre Luberon et Pays d’Aix
Le Pont de Mirabeau se trouve sur la route qui relie le Luberon, la vallée de la Durance et le Pays d’Aix. Un séjour autour de Lourmarin permet d’explorer le versant méridional du massif ; depuis Aix-en-Provence, le site prolonge la découverte vers Jouques et les paysages de la Durance.

